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Pourquoi faut-il sortir de son lit si on n'arrive pas à s'endormir ?


Vous connaissez le réflexe conditionné tel que décrit par Pavlov? Ce médecin russe, lauréat d'un prix Nobel, qui a fait des expériences en observant les chiens qui salivaient avant même d'entrer en contact avec la nourriture?


Tout part de là...

L'humain, en tant que membre du règne animal (qu'on le veuille ou non, nous en sommes aussi!) apprend principalement par le conditionnement. Or, si on peut conditionner un chien à développer un réflexe quelconque, c'est exactement la même chose pour les humains, simplement dans un autre registre.

En mettant en place une séquence prédéterminée, on peut donc autant se conditionner à appréhender positivement que négativement une situation X; à saliver aussi bien qu'à paniquer! On peut aussi bien s'entraîner à dormir qu'à ne pas dormir! De la seconde option résulte ce qu'on appelle justement une insomnie conditionnée, soit une insomnie qui se nourrit d'elle-même...

Mais revenons à la question du jour: pourquoi faut-il sortir du lit si on n'arrive pas à s'endormir? Eh bien, c'est tout simple: plus on passe de temps au lit sans dormir, plus on envoie le message au cerveau qu'être dans son lit = être éveillé... et plus il répétera la situation qu'il intégrera comme un réflexe conditionné. D'autre part, plus le dormeur s'entêtera à rester dans son lit quand il ne dort pas, plus il développera une aversion envers son lit et son espace de sommeil qu'il associera à un espace de désagrément et de tourments - alors que pour bien dormir, il faut viser exactement le contraire!

De nombreuses études scientifiques sur des personnes souffrant d'insomnie ont pu le prouver et s'entendent toutes sur ce fait: rien ne sert de rester au lit si on n'arrive pas à s'endormir (au bout d'un temps normal, disons un maximum de 30 minutes). En résistant à se lever, on crée inconsciemment le conditionnement inverse du résultat que nous souhaitons... et c'est ainsi qu'on nourrit de plus belle cette insomnie, qui peut devenir chronique... et même se perpétuer sans fin, 10, 20, 30 ans, voire toute la vie! Ayez ma parole, je l'ai moi-même vécu pendant plus de 20 ans! Si j'avais su...

On n'y peut rien: pour changer les choses,

il faut enseigner à son cerveau à faire autre chose...

On le sait: on ne peut s'attendre à un autre résultat si on répète incessamment les mêmes actions... On ne voudrait tout de même pas correspondre à la définition de la folie d'Einstein, n'est-ce pas?

Il faut remplacer une mauvaise habitude bien ancrée qui ne donne pas le résultat souhaité par une nouvelle habitude qui nous permettra d'atteindre notre objectif.

Pourtant, changer une habitude demande des efforts et c'est là que le cerveau humain a tendance à résister... Une fois un conditionnement bien ancré, on ne peut le supprimer instantanément pour le remplacer par un autre. Il faut donc une bonne dose de motivation et un relevé des progrès pour garder sa destination en tête à tous instants et enfin voir les résultats attendus!

''Mais moi... je me dis qu'en restant dans mon lit, je vais bien finir par m'endormir...''

Ça, on l'entend tout le temps! Et je pose alors toujours la question: Est-ce que ça a déjà marché pour vous? 100% du temps, la réponse que j'obtiens est un air dépité... Les gens ont tendance à penser que plus ils resteront dans leur lit, plus ils auront de chances de dormir. C'est tout le contraire. Pour la simple raison qu'il n'y a pas de bouton on/off pour le sommeil. On ne peut se forcer ni forcer qui que ce soit à dormir! Dormir est un lâcher prise. Plus on essaie de contrôler le sommeil, plus on s'énerve à l'attendre dans notre lit, moins on dort... C'est physiologique!

Il faut bien sûr faire la différence entre un temps d'endormissement, une petite latence entre deux cycles de sommeil (transit normal entre deux trains de sommeil) et se mettre la tête sous l'oreiller en implorant le sommeil de venir...

Je ne connais qu'un seul médecin, en Angleterre, qui incite ses patients à rester couchés même s’ils ne dorment pas. Il les encourage à coups de renforcement positif, en les félicitant s'ils y parviennent, comme si c’était un exploit que de rester dans son lit sans dormir. Ainsi, iI les invite à pratiquer la pleine conscience non pas le jour pour faire baisser leur stress, mais plutôt pour accepter le fait de rester dans leur lit sans dormir... Ils finissent par accepter mieux le fait de ne pas dormir et s'en accommodent davantage... Mais pourquoi accepter le fait de ne pas dormir comme une fatalité alors qu'on peut plutôt se réentraîner à dormir?!

Visiblement, ce médecin n'a pas, comme moi et plusieurs de ses patients, vécu le cercle infernal de l'insomnie chronique pendant plus de 20 ans. Rester dans mon lit sans dormir dans l'acceptation, je l'ai fait pendant des années - en tentant de garder le moral et de me débattre avec la force de survie qui était la mienne... Est-ce qu'au final je me suis remise à dormir? Bien sûr que non! Au contraire, sans même le réaliser, je me suis toutes ces années entraînée non pas à dormir, mais à ne pas dormir! Si j'avais compris avant comment fonctionnait mon cerveau, j'aurais pu me sauver des décennies d'insomnie!

En accompagnement, il y a donc quelques pistes fondamentales et celle de ne pas se forcer à rester au lit quand on ne parvient pas à s'endormir est certes l'une des plus importantes à suivre... bien qu'elle soit peut-être celle à laquelle les gens aux prises avec des difficultés de sommeil résistent le plus... Mais fort heureusement, c’est aussi l’une des plus efficaces! Quand on s’y met, les résultats sont vite au rendez-vous; ce qui nous permet rapidement de regagner confiance et d’intégrer cette nouvelle habitude qui nous permet d’atteindre notre objectif : mieux dormir!

Si vous êtes dans cette situation, il faudra visualiser votre destination pour maintenir votre motivation.


Cela peut paraître restreignant au début, mais très vite, les résultats seront là!

Alors, vaut-il mieux rester indéfiniment dans son lit sans dormir en attendant le sommeil en vain ou faire cet effort pour mettre bientôt un terme à ses insomnies? À chacun de décider. Soit on répète infiniment les mêmes actions pour obtenir le même résultat, soit on opère un changement pour obtenir un résultat différent et atteindre notre destination. Tout processus de changement demande une prise de conscience et des efforts mais est récompensé.

Pour ma part, après des décennies dans l’enfer de l’insomnie conditionnée, quand j’ai enfin compris ce que j’avais fait inconsciemment, j’ai vite choisi mon camp. Et je ne l’ai jamais regretté. Je dors bien maintenant, depuis 17 ans! Si j’avais su…

Véronique Bellemare Brière, M.A., N.D., S.E.S Somnopédagogue | Somnothérapeute Présidente | Institut SOMNA


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